Au nom du droit à l’information, le site Orient XXI rend public le documentaire explosif sur le lobby pro-israélien aux Etats-Unis réalisé par Al-Jazeera. La chaîne qatarie avait décidé d’annuler sa diffusion.

Dans un article paru dans Le Monde diplomatique de septembre, le journaliste Alain Gresh relatait le contenu d’un documentaire exceptionnel sur le lobby pro-israélien aux Etats-Unis.

La chaîne qatarie Al-Jazeera, qui l’avait réalisé, avait finalement décidé de le déprogrammer suite a des pressions d’Israël . Mais le site Orient XXI, dirigé par Alain Gresh, s’est chargé de le sous-titrer en français et, en collaboration avec le site Electronic Intifada aux États-Unis et Al-Akhbar au Liban, de le rendre public, au nom du «droit à l’information».

Les deux premiers épisodes de ce documentaire en quatre parties sont désormais visibles pour le public francophone sur la chaîne Youtube d’Orient XXI. Le premier volet de cette série est présenté ainsi : «Nous verrons comment ce lobby est impliqué dans une campagne secrète israélienne afin d’espionner des citoyens américains.»

Grâce à un reporter travaillant sous couverture, Al-Jazeera a infiltré «l’un des plus puissants lobbies du monde» qui à travers l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) «s’est assuré un soutien indéfectible au Congrès» américain.

Le journaliste d’Al-Jazeera, qui a réussi l’exploit de s’intégrer totalement aux milieux pro-israéliens américains et de gagner la confiance de ses membres, a filmé de nombreux entretiens en caméra cachée. Dans la première scène du documentaire, on peut voir par exemple, autour de hamburgers et d’un soda, un lobbyiste lui confier : «38 milliards d’aides pour la sécurité d’Israël, c’est ce que vient d’obtenir l’AIPAC.»

À l’écran, il a tout du parfait gentleman. Malgré sa dégaine d’étudiant, James Anthony Kleinfeld, jeune Britannique juif bien sous tous rapports, diplômé de la prestigieuse université d’Oxford, parlant six langues, dont le néerlandais et le yiddish, s’orientant sans difficulté dans les arcanes des conflits au Proche-Orient, trouverait facilement sa place dans les bureaux d’un ministère des affaires étrangères occidental ou d’un think tank renommé.

Pour l’heure, il a d’autres desseins : s’investir dans les organisations américaines favorables à Israël. Il est recruté par The Israel Project (TIP), qui s’occupe de soigner l’image d’Israël dans les médias. Accueilli à bras ouverts du fait de ses compétences, il côtoie durant cinq mois le gratin des responsables d’associations engagées dans la défense inconditionnelle d’Israël, notamment du puissant lobby pro-israélien aux États-Unis, l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac) .

Il fraie avec eux dans les cocktails, congrès, conventions, stages de formation pour militants, se liant avec les uns et les autres. Avenant, chaleureux, efficace, il gagne la confiance de ses interlocuteurs, qui lui parlent à cœur ouvert, laissant au vestiaire la langue de bois et les « éléments de langage » convenus. Et leurs confidences sont explosives.

Comment influence-t-on le Congrès ?

« Les membres du Congrès ne font rien si on ne fait pas pression sur eux, et la seule manière, c’est l’argent. »

Comment combat-on les militants favorables aux droits des Palestiniens sur les campus universitaires ?

« Avec les anti-Israéliens, le plus efficace est de faire des recherches sur eux, que vous mettez en ligne sur un site Web anonyme et que vous diffusez par des annonces ciblées sur Facebook. »

Avec une candeur d’autant plus grande qu’ils croient s’épancher auprès d’un ami, les interlocuteurs de Kleinfeld admettent qu’ils se livrent à des opérations d’espionnage de citoyens américains, avec l’aide du ministère des affaires stratégiques israélien.

Créé en 2006, ce dernier dépend directement du premier ministre Benyamin Netanyahou. L’une de ses responsables confie : « Nous sommes un gouvernement qui travaille sur un territoire étranger et nous devons être très, très prudents. » En effet, car certaines de ces actions pourraient se révéler passibles des tribunaux américains.

À la fin du stage de « Tony », M. Eric Gallagher, son chef à TIP, se montre si satisfait de ses services qu’il lui propose de l’embaucher. « J’adorerais que tu viennes travailler pour moi. J’ai besoin de quelqu’un qui a l’esprit d’équipe, qui travaille dur, qui est passionné, curieux, bien formé, qui parle bien, qui a beaucoup lu. Tu es tout cela. » Mais son poulain refuse. Car, on l’aura deviné, il n’est pas tout à fait celui qu’il prétend être, même si ses diplômes et ses compétences ne sont pas contestables : il est un infiltré, missionné par la chaîne Al-Jazira, propriété de l’émirat du Qatar, pour réaliser un documentaire sur le lobby pro-israélien.

Il a filmé en caméra cachée une partie des confidences qu’il a recueillies et il a réuni, avec d’autres membres d’une équipe dirigée par Phil Rees, de la cellule d’investigation de la chaîne, tous les ingrédients d’une enquête spectaculaire. La diffusion de celle-ci était d’autant plus attendue que, en 2017 déjà, un reportage d’Al-Jazira sur le lobby pro-israélien au Royaume-Uni (2)avait montré les ingérences d’Israël dans les affaires internes d’un pays étranger, et ses tentatives pour faire chuter un ministre considéré comme propalestinien ce qui avait abouti à des excuses publiques de l’ambassadeur d’Israël à Londres et au retour précipité à Tel-Aviv d’un diplomate de haut rang.

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